Victor Hugo et les Misérables : un Jean Valjean à son image

La BNF a consacré en 2002 une magnifique exposition à Victor Hugo qui rendit bien compte de la créativité polymorphe du visionnaire, poète, écrivain, plasticien qu’il était. Le titre de l’exposition, L’Homme Océan , met tout le monde d’accord et a fortiori les amateurs d’astrologie : Poissons ascendant Scorpion, Victor Hugo était indubitablement un « Neptunien » avec pas moins de 4 planètes en Poissons et Neptune, la planète maîtresse des Poissons, à l’Ascendant.

 

Le thème astral de Victor de Hugo :
Thème astral V. Hugo

Thème astral de Victor Hugo

Véritable incarnation de « la quête de rédemption », il possédait un esprit pénétrant que sous-tendait une profonde empathie pour à peu près tout et tout le monde. Il faut préciser avant toutes choses que Pluton – planète maîtresse de l’ascendant Scorpion- se trouve en Poissons et que Neptune -planète maîtresse des Poissons- se trouve en Scorpion. Dans ce cas de figure, on dit que les planètes sont en réciprocité mutuelle. Chacune étant le maître de l’autre, leurs énergies se trouvent renforcées et entremêlées. Victor Hugo n’était pas (seulement) un de ces natifs du Poissons doux, mystique, rêveur, qui vécut paisiblement entre la pêche et le jardinage en se laissant vivre au gré du vent ou selon des extases aussi profondes que muettes. Il était plus complexe, tourmenté et incisif que cela, comme peuvent l’être toutes les personnes marquées par le signe du Scorpion, c’est à dire tourmenté par l’idée de « faute » et son pendant le sentiment de culpabilité. Certaines de ses œuvres littéraires portent cette signature, en particulier un personnage fortement inspiré de sa propre vie (et où trouver l’inspiration si ce n’est au fond de soi-même ?) :  le personnage de Jean Valjean dans Les Misérables. Pour ce personnage, nous allons voir que Victor Hugo a puisé dans la triple conjonction Soleil/Pluton/Vénus en Poissons et en maison IV de son thème natal.

LE NEPTUNIEN

Jean Valjean est un personnage qui n’a de cesse de chercher sa réhabilitation auprès de la société mais surtout auprès de Dieu, quête de rédemption bien caractéristique d’un personnage du XIXème siècle marqué par les signes du Scorpion -la faute- et du Poissons -le pardon. 19 années de bagne pour un vol de pain (qui ne sont pas sans rappeler les 19 années d’exil de V. Hugo) ne semblent pas suffire à racheter sa faute, puisqu’ il est constamment poursuivi par Javert (représentant la loi des hommes) et régulièrement recueilli par les prêtres (représentant la loi de Dieu). Il doit son salut à l’Évêque de Digne, personnage éminemment Neptunien qui  lui servira dès lors de mentor : un modèle de bonté, d’abnégation, de dévouement, d’esprit charitable et sacrificiel, en somme l’archétype pur du Soleil en Poissons. Ce personnage permet à Jean Valjean d’entrevoir une alternative à la haine qu’il voue à la société en renonçant à l’amertume et la vengeance et en s’ouvrant au pardon, à la bonté mais aussi à des torrents de  larmes … Victor Hugo dresse ainsi son portrait :
Il n’était occupé qu’à trouver pour lui-même et à inspirer aux autres la meilleure manière de plaindre et de soulager. Ce qui existe était pour ce bon et rare prêtre un sujet permanent de tristesse cherchant à consoler. Il y a des hommes qui travaillent à l’extraction de l’or ; lui, il travaillait à l’extraction de la pitié. L’universelle misère était sa mine. La douleur partout n’était qu’une occasion de bonté toujours. (Les misérables, tome 2, Gallimard, 1995, p.104)

UN JUSTICIER

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Javert, d’après Gustave brion, 1862

Si, à un premier niveau, Jean Valjean n’arrête pas de changer d’identités ( M. Madeleine, Ultime Fauchelevent, M. Leblanc, Urbain Fabre, …), charriant avec lui ses secrets et demeurant une énigme même pour ses proches, il change aussi radicalement en profondeur. Cette capacité de renaître à lui-même est typique de la conjonction Soleil/Pluton, aspect astrologique qui indique de profondes transformations (Pluton) de la personnalité (Soleil). Pluton lui permet de connaître instinctivement les tréfonds de l’âme humaine, les mobiles et intentions secrètes les plus inavouables, à commencer par les siennes. Plein de culpabilité à cause de la noirceur qu’il voit en lui, il cherche dans un premier temps à expier ses fautes, et même celles d’un autre en se dénonçant pour un crime qu’il n’a pas commis (ne pas oublier que cette conjonction est en Poissons, esprit sacrificiel oblige…). Et c’est parce qu’il n’est pas en paix avec lui-même que Javert le pourchassera sans relâche, justicier implacable et tenace (Pluton) qui, lui, ne connaît pas la pitié,  représentant de la sorte une ombre de Jean Valjean.
Cosette

Cosette, d’après Emilie Bayard, 1862

UN ABSOLU D’AMOUR

Il est ensuite et surtout motivé par la quête de l’amour universel (Vénus en Poissons). Pour cela, il doit renoncer à l’amour excessif et exclusif qui le lie à Cosette et menace jusqu’à la liberté et le bonheur de cette dernière. Il doit donc transformer (Pluton) sa manière d’ aimer (Vénus) afin de ne pas nuire à Cosette, en acceptant l’inévitable séparation entre un père et son enfant quand ce dernier grandit. Très dur pour un signe d’eau en recherche constante de fusion, encore plus pour un Pluton conjoint Vénus en IV. (Victor Hugo  sait de quoi il parle puisqu’il éprouva un chagrin infini suite à la mort de sa fille Léopoldine.)
Mais c’est aussi parce que Jean Valjean aspire à être une autorité « chez lui », c’est à dire un individu exemplaire (Soleil) dans son rôle de père de famille (maison IV), qu’il donnera son appui, son amour et ses vœux de bonheur à Cosette. Au final, l’amour l’aura transformé à son tour, ce qui est toujours en jeu avec un aspect Vénus/Pluton. Tout comme l’Evêque de Digne représente un modèle de compassion à suivre ( Soleil en Poissons) et Javert, une lucidité absolue et implacable sur soi-même (Soleil/Pluton), Cosette représente pour sa part Vénus en Poissons, un être foncièrement bon, charitable, désintéressé… et fortement idéalisé !
dessin de Victor_Hugo

Burg de Victor Hugo, Tête d’aigle, 1850

LE RETOUR A LA SOURCE

Avec cette triple conjonction en Poissons, on voit donc bien que Jean Valjean incarne une volonté profonde de transformation de soi grâce au pardon et à l’amour. On a déjà vu que le signe du Poissons est associé à des qualités de profonde empathie, d’esprit charitable. Il représente aussi un irrésistible attrait « hors du monde » qui pousse à la contemplation et à la méditation, au mysticisme aussi. Le monde des Poissons est celui du silence, de l’osmose et de l’infini (en contraste avec le signe de la Vierge qui représente le fini). On y trouve les hautes révélations mais aussi les douleurs muettes. En maison IV, c’est donc dans son foyer, sa maison mais aussi au plus profond de lui-même que Jean Valjean fait l’expérience de cet infini. Quoi de mieux qu’une retraite dans un couvent pour être chez soi tout en étant hors du monde ? Jean Valjean et Cosette y passeront de nombreuses années. D’ailleurs, il est amusant de noter que l’Evêque « mentor » de Jean Valjean qui le recueille s’appelle en réalité Monsieur Bienvenu…Pour le mystique sans religion, la contemplation de la nature marche aussi  : c’est dans son jardin que jean Valjean connaît les « inspirations » les plus révélatrices, un jardin laissé en friche dans lequel il se repose, se ressource, et médite sur le monde, un jardin très « maison IV en Poissons  » en somme. Je terminerai donc cet article par un extrait évoquant les  contemplations auxquelles se livre Jean Valjean dans son « petit » jardin :
Rien n’est petit en effet ; quiconque est sujet aux pénétrations profondes de la nature, le sait. Bien qu’aucune satisfaction absolue ne soit donnée à la philosophie, pas plus de circonscrire la cause que de limiter l’ effet, le contemplateur tombe dans des extases sans fond à cause de toutes ces décompositions de forces aboutissant à l’unité. Tout travaille à tout. L’algèbre s’applique aux nuages ; l’irradiation de l’astre profite à la rose ; aucun penseur n’oserait dire que le parfum de l’aubépine est inutile aux constellations. Qui donc peut calculer le trajet d’une molécule ? Que savons-nous si des créations de mondes ne sont point déterminées par des chutes de grains de sable ? Qui donc connaît les flux et reflux réciproques de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, le retentissement des causes dans les précipices de l’être, et les avalanches de la création ? Le petit est grand, le grand est petit ; tout est en équilibre dans la nécessité ; effrayante vision pour l’esprit. Il y a entre les êtres et les choses des relations de prodige ; dans cet inépuisable ensemble, de soleil à puceron, on ne se méprise pas ; on a besoin les uns des autres. […](Les misérables, tome 2, Gallimard, 1995, p.201)

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